La plupart de ces lieux de légendes sont aujourd’hui oubliés. Ou presque. Albert Boudon-Lashermes indiquait il y a plus d’un siècle que la source sacrée la plus célèbre du Velay était la « fontaine parlante » du Meygal, celle que les autochtones baptisaient du nom ancien dérivé du dieu Borvo : la « Bourboute », nom donné également à cette forêt située autrefois « au cœur d’une route antique et au carrefour de voies ligures ».

L’historien la situait sur un flanc de la montagne près de Raffy, dans une clairière recouverte d’un champ de framboisiers. Avant de ruisseler dans les cailloux et de se perdre plus bas dans le fossé de la route qui descend du col vers Araules, l’onde émerge dans un petit rectangle pierreux aménagé sommairement. Et c’est dans ce glouglou que les visiteurs attendaient les révélations de la « fontaine parlante », que les paysans appelaient aussi « la bourhante ». Les jeunes couples et les fiancés y venaient en pèlerinage et jetaient des fleurs dans l’eau du petit bassin : si elle frémissait, il suffisait de compter les remous pour connaître le nombre d’enfants à naître de l’union.

« Pas un amoureux écrivait Boudon-Lashermes, ne voudrait entrer en ménage sans aller consulter l’oracle. Celui-ci prédit le bonheur, exauce les vœux des dévots qui viennent l’invoquer, et donna de tout temps bonheur et prospérité aux fervents de son culte. Il est vrai que ceux-ci n’oublient point en partant, de déposer leur offrande dans les ondes sacrées, et l’on peut voir au fond des eaux, les gros sous jetés par les fidèles qui sont venus prier au sanctuaire. » Et si par hasard l’eau ne bouillonnait pas, il suffisait à la femme désirant absolument des enfants, de se rendre sur le flanc nord du Mézenc, à Chaudeyrolles, et de boire un peu d’eau de la source du Lignon. Sacrée elle aussi…

Pour qui ne connaît pas le Meygal, il est bien difficile de découvrir La « Bourboute ». Dans le décor imposant des grands sapins, l’eau s’écoule dans un petit lit de mousse où les sangliers viennent régulièrement se vautrer. Rien, pas même une pièce de monnaie laisse à penser qu’en ce lieu, nombre d’ancêtres venaient consulter les augures.