Tu fus pourtant puissante et haute seigneurie,
Et tes maîtres siégeaient aux Etats Diocésains.
Villate, Belvezer, Dentil ou Sarrazin
Défendirent âprement ta noble baronnie.

Lourdement revêtus de la cotte de maille
Ou bien portant, plus tard, la fraise et le pourpoint,
Bataillant sans répit, et d'estoc et de taille,
S'ils vainquirent souvent, ne te sauvèrent point

Tu mourus lentement en des mains étrangères,
Victime de l'oubli, de l'abandon, des tiens,
Qui pour des cieux plus doux ou des maisons princières,
Reniant le passé, dénouèrent ses liens.

Certains, comtes et marquis, préférèrent Versailles,
Les faveurs de son roi, les fastes de la cour,
A l'abri, pourtant sûr, de tes hautes murailles,
Bien sévères, il est vrai, à la tombée du jour.

Tous tes barons sont morts, qui menaient grand tapage.
Tu restes seul debout, Jonchères, vieux chevalier,
Croulant, mais fier encore, dans ta gorge sauvage
Où roule, de roc en roc, l'impétueux Allier.

B. BUCHLÉ « Société Académique du Puy en Velay et de la Haute-Loire »