A partir du 19ème siècle les muletiers furent remplacés par les rouliers, les mulets par les charrettes on pratiquait alors de larges routes aménagées au fond des vallées.

Nous vous invitons à parcourir sur les pas des muletiers ces paysages d’exception. Tout au long de votre cheminement, que ce soit une simple étape ou qu’il se déroule sur plusieurs jours, vos hôtes pourront satisfaire votre désir d’en savoir plus !

Les Routes

Dans son ouvrage consacré au Vivarais et au Velay, Albin Mazon, alias Docteur Francus, utilise le terme de routes muletières pour évoquer les sentiers utilisés régulièrement pour le transport des marchandises. A titre d’exemple on transportait :

—> Le vin du Bas Vivarais et du rivage du Rhône sur les plateaux Auvergnats.

—> La soie d’Aubenas à Saint Etienne.

—> Le sel des salins de la Méditerranée.

Du Puy en Velay, redescendaient les céréales, les pois, les haricots, l’orge ou encore les lentilles.

Il existait 5 routes :

1-Les Vans - Folcherand- La Rousse - Villefort - Le Bleymard - Mende.

2 et 3- Payzac – La Croix de Fer – Peyre où elle rejoint celle venant de Joyeuse – Saint Laurent Les Bains- Col de la Felgère (près de la voie Régordane)

4- Largentière- Tauriers- Valgorge- Loubaresse

5- Largentière- Prunet- La Souche- Le Col de la Croix de Bauzon Les deux routes se rejoignent au Bez puis Saint Etienne de Lugdarès- Champlane- La Verrerie- La Chavade- La Narce- Peyrebeille- Pradelles- La Sauvetat- Tareyre

Les muletiers empruntaient certaines drailles (chemin de transhumance) comme la Regordane : Nîmes - Alès – Villefort – Langogne – Le Puy.

Les itinérances proposées sont construites autour de ces routes. En les parcourant vous retrouverez le rythme des échanges d’autrefois, imaginerez le développement des villages auparavant simples hameaux ou maison isolée (Loubaresse), l’animation que suscitait l’arrivée des muletiers dans ces contrées reculées et, sans aucun doute, sur les pas de ceux qui nous ont précédés vous interrogerez-vous sur le sens du progrès !

Les Muletiers

Les muletiers étaient originaires des pentes Cévenoles, région qui s’étend du Mont Mézenc au Mont Lozère en passant par le Tanargue. Certains possédaient une véritable renommée. Ils venaient de Saint Cirgues en Montagne, de Saint Etienne de Lugdarès, de Loubaresse, de Saint Laurent les Bains. Ainsi, les muletiers du Petit Paris (Montselgues) étaient connus sous le nom de Parisiens, ceux de Laveyrune, de La Bastide et du Luc, les Rigourdiers (proximité de la Voie Regordane) Dans les Cévennes, muletier était un titre. Il fallait posséder une couble, soit 6 mulets au moins, équipés complètement sinon vous n’étiez qu’un simple rafardier. Voici la description que l’en faisait Albin Mazon dans son ouvrage : Le muletier était généralement du plus beau type et du plus pur sang montagnard : taille au dessus de la moyenne, épaule large, membres vigoureux, joues arrondies, teint empourpré, cheveux longs ondulés, manières un peu rudes mais avenantes. Leurs vêtements étaient également caractéristiques de la fonction : bonnet de laine rouge, accompagné d’un feutre en fonction de la saison, les cheveux noués dans le dos, oreilles ornées d’anneaux d’or auxquels pendaient un fer à mulet, cravate et gilet rouge, des souliers ferrés, une ceinture en laine rouge avec tasse d’argent décorée (pour goûter la marchandise), un trocart (couteaux pour percer les outres). Par temps de pluie ou de neige, il revêtait le manteau des montagnards appelé cape ou limousine. Il était secondé par son varlet, qui dirigeait lorsque le muletier s’éloignait pour réaliser les achats ou les ventes. Dans les Cévennes c’était une personne importante et aisée. Certain devenait Maire.

Les Mulets

Les mulets étaient parfaitement adaptés aux routes pierreuses du bas Vivarais et aux sentiers escarpés des Cévennes. Ils étaient plus résistants à la fatigue que les chevaux. Les mulets se nommaient différemment selon leur rôle et leur rang. Le chef s’appelait le viegi, c’est le plus fort, le plus fier et le plus somptueusement harnaché. Puis venait le roulet, porteur d’un grelot aussi gros qu’un ballon. Au milieu se trouvait le bardot (fruit du cheval et de l’ânesse) qui portait le rambail. Etait nommé ainsi le pot de vin promis dans la pache (le marché, le pacte). Il transportait également de la ferrière (la boite à outils : clous, fer, marteau, tenaille…) On distinguait les autres mulets par leur qualité. Le plus paisible portait l’alte suspendue à son cou. On appelait ainsi la bouteille en verre revêtue de paille qui permettait de boire pendant les haltes, quand elle était vide on perçait une outre.

Leur équipement était constitué de :

—>2 plaques rondes en laiton, les lunettes, fixées aux tempes pour protéger l’animal des rayons du soleil ou des branches des arbres. Elles étaient ornées ( tête d’animal, soleil, lune, images religieuses…)et des devises y étaient gravées (citée par A. Mazon) : l’amour fait passer le temps, le temps fait passer l’amour ou encore citée par M. Bres : Au Puy un homme vaut cent femmes.

—>Un bât extrêmement lourd.

—>Une croupière sculptée dans du micocoulier.

—>Une fandolière ou fandâou devant le poitrail.

—>Le bridel : ensemble de courroies agrémentées de clochettes et de clous dorés

—>Le mourral, grande poche en corde fixé au bridel, contenait la ration de foin du mulet

—>Un collier garni de grelots : le trintrin

—>Le viegi portait la cayrade : la plus grosse des clochettes.

—>Un plumet en laine rouge

La charge

Elle s’élevait à 8 setiers soit 168 litres de vin (1 setier étant égal à 21 litres). Le vin était transporté dans des boutes (outres) confectionnées en peaux de bœuf ou de vache et quelquefois en peau de chèvre. Les boutes étaient préférées aux tonneaux car plus faciles à arrimer, elles se pliaient sous un autre chargement au retour. Lorsqu’elles étaient sèches, on les faisait tremper pour leur redonner leur souplesse. Lorsqu’elles étaient définitivement hors d’usage, elles étaient revendus aux savetiers ambulants et finissaient comme semelles de chaussures. Les muletiers piquaient la boute pour faire couler le vin et le faire goûter au futur acheteur. Ils piquaient avec le trocart entre les coutures qui se resserraient après l’opération, la boute redevenant alors étanche. On les utilisera également pour le transport à dos d’homme sur de courtes distances grâce au saccol (coussin rembourré de paille qui tient sur la tête par un capuchon) Les charges étaient recouvertes d’une bâche de laine à grands carreaux noirs et gris : la cuberte. Les mulets conservaient la charge jusqu’au lieu de coucher.

Le vin

L’activité viticole était importante dans la partie sud de l’Ardèche (présente au 3ème siècle). Il existe des documents à partir du 8ème siècle. Dans son ouvrage, Olivier de Serres, en note l’excellence : Vins blancs de Largentière, Montréal, Vinezac… Vins clairets de Lavilledieu, Villeneuve de Berg… La production est alors supérieure des 2/3 à la consommation. Elle est donc exportée en partie par les muletiers.

Parfois, le vignoble est cultivé en treille à des fins d’ornement. On trouve ainsi à Gravières, Chambonas ou Malarce des treilles de chatus. Mais l’oïdium et le phylloxéra ont détruit une des principales richesses du Vivarais, privant ainsi les amateurs, de vins à la fois corsés et au fumet si délicat particulièrement appréciés.

Le voyage

Les muletiers et leur cortège représentaient une véritable animation dans les villages et hameaux reculés. C’était d’ailleurs souvent la seule. On entendait de loin les clochettes, fort convoitées par les enfants qui tentaient de les voler lors du quillage Les coubles de plus de 20 mulets possédaient le privilège de traverser les villes en laissant les grelots sonner. Chaque mulet portait la ration de foin nécessaire au cheminement d’une halte à l’autre : une botte de foin appelée peyre. Au lieu dit la Croix de Fer, il existe une maison isolée appelée le Mas de Quillard. C’était un lieu où les muletiers quillaient leur mulet (ils les laissaient au repos tandis qu’ils allaient traiter avec les vignerons). Peyre était une importante station de muletiers. On pouvait compter jusqu’à 300 mulets, car en cet endroit se croisaient muletiers montant et descendant. Ils croisaient également les baigneurs se rendant ou revenant de Saint Laurent les Bains. C’était aussi un lieu où étaient transférées les marchandises qui étaient transportées sur les pentes plus abruptes. Le Petit Paris était un important carrefour de chemins ainsi qu’un hameau de muletiers réputé. Une foire annuelle s’y tenait le 12 mai. Un droit de saume y était perçu sous forme d’un abonnement annuel. Loubaresse ne possédait au Moyen Age qu’un mas dépendant de la paroisse de Borne.On y couchait quelques fois sous la tente. Avec le développement des échanges commerciaux et l’augmentation du nombre de marchands, des familles de muletiers vinrent s’y installer. En 1791 Loubaresse devint indépendant sur le plan administratif. Le village comptait 317 habitants et 14 auberges. Dans les hameaux et les villages où ils s’arrêtaient pour la nuit ou pour charger ou décharger, les muletiers étaient les invités du propriétaire. On mangeait et dansait la bourrée. Les muletiers dormaient tout habillé dans le foin après avoir soigné et nourris leurs bêtes. A l’aube, les mulets étaient chargés, le propriétaire coupait une branche de laurier dont il ornait la tête du viegi. Ces hameaux ont connu autrefois une activité importante en tant que relais hôteliers, lieux de foires et centres de péages. En guise d’étrennes, le muletier offrait un fandol (tablier) Les transactions s’effectuaient par l’intermédiaire d’un couratier (courtier).

Source : D’après les ouvrages d’A. MAZON 1888 et de Marcel BRES