Du Ve an Xe siècle, le nom de baptême seul triomphe; du XIe au XVe siècle s'implante le système du double nom, nom individuel suivi d'un surnom qui tend à devenir héréditaire; enfin à partir du XVIe siècle, par l'organisation de l'état civil, les noms de famille sont définitivement constitués, tandis que le prénom évolue vers la pluralité.

Les noms individuels ont été donnés dans l'antiquité à l'enfant d'après telle ou telle particularité de son aspect physique ou les circonstances de sa naissance. Plus tard le choix fut déterminé par des préoccupations d'ordre mystique. A l'époque franque, on employa les mêmes noms dans une famille en les faisant alterner de grand'père à petit-fils. La mode fut ensuite un facteur de renouvellement.

Nos annales, et spécialement les cartulaires, illustrent ces principes. Qu'on ouvre le recueil de Saint-Chaffre, celui des Templiers, celui des Hospitaliers du Puy, celui de Chamalières ou celui de Pébruc, le Liber de honoribus de Saint-Julien-de-Brioude, on y rencontre des Armand, des Bertrand, des Beraud, des Cunabert, des Dalmace, des Eldebert, des Ermengarda, des Eustorge, des Gérald, des Guillaume, des Guigues, des Leotard, des Nectard, des Ponce, des Jarentons, des Radulphe, des Rigaud, des Robert, des Etienne, des Uldaric, vivant entre 750 et 1060.

Dans la période qui suit, les noms de saints prédominent. Paul, Pierre, Antoine, Jacques, Jean, François, Antoine, Dominique, sont abondamment donnés ainsi que leur contrepartie féminine (1), et cette habitude, favorisée par les prescriptions du concile de Trente, reste tenace, malgré la liberté légale accordée par la Révolution en s'inspirant de la faveur entourant certains souverains, hommes politiques ou héros de roman.

Les noms de famille viennent de surnoms primitifs, à la suite d'une concentration progressive de l'onomastique, et leur hérédité a été facilitée par les nécessités juridiques. Ils furent d'abord des extensions du nom de baptême, tels Arnaud, Augier, Aymard, Rolland, Thibaut, Thierry ou des altérations, tels Hugon, Guigon, Jacquet, Jacotin, Martinet, Martinon, Michaud, Colin, Perrin, Penot.

Il y eut également des noms relatifs au pays de naissance, à la propriété et ce furent les noms d'origine avec ou sans particule tels la Rochelambert, Caseneuve, Maisonneuve, Alirol, Amargier, Badiou, Boissières, Boudignon, Chambon, Chardonnal, Faisandier, Gaillard, Malègue, Pradier, Rouchon, Sanial. Terrasse, Vailhorgues, Vignal, etc.

Beaucoup de noms de profession sont devenus héréditaires. Combien y a-t-il de Berger, de Boucher, de Bouvier, de Boyer, de Cordonnier, de Fabre, de Faure de Masson, de Mercier, de Pelletier, de Pelissier, de Tisserand, de Vacher ? De Ferrier, de Fournier, de Maréchal, de Mège, de Peyrollier, de Sabatier, de Tellier?

Des sobriquets sont également entrés dans les noms de famille, On ne compte plus les Leblond, les Roux, les Rousset, les Rousseau. les Leblanc, les Moreau, les Clerc, les Chauvet, les Legrand, les Lesourd, les Petit, sans parler des composés de ces surnoms que la langue populaire a multipliés ou déformés en les altérant ou en les transformant. Quant aux surnoms, il faut noter qu'ils sont ordinairement spontanés et actuels. « La façon la plus naturelle de déterminer l'individu n'est-elle pas de le désigner par une de ses qualités propres, a dit Boillot, une de ses habitudes les plus marquées, une de ses touches de couleur les plus originales, le trait le plus suggestif de son personnage, celui enfin qui le « campe » le mieux en langage d'artiste ? » (2).

Le surnom est péjoratif ou ironique ; il se stabilise, s'il est bien trouvé, et tend à passer aux descendants, à se faire collectif.

Chez nous, il est le plus souvent patois et c'est en patois qu'on le désigne (Noum d'escaïne) et il est emprunté à quelque défaut physique ou moral. tels le Faurou , le Babau , Trablanchou, Jarry, Coudène, Bignotte, la Cane, Beneït, Couvau ; mais on en connaît. de français tels que l'Empereur, le Dragon, le Soldat, le Marin, Fend-la-bise, le Chat, la Fouine, le Canard, le Rat, Pied-de-mulet. Chopine, Pied-chaud, Pipette, etc.

Tout ces surnoms ont un féminin dont on désigne la femme du titulaire. Au bout d'un temps, dans la pratique, le surnom est quelquefois plus usité et plus connu dans la contrée que le nom propre et les prénoms cependant sanctionnés par l'étal-civil e t l'acte de baptême.

(1) Il faut noter qu'en désignant la femme par son nom ou son prénom, on le fait ordinairement précéder de l'article. On dit: la Bonnet, la Broc, la Marthe, la Jeanne. (2) Il en est de même des noms de terroirs, champs, prés, bois, dont l'étude serait intéressante, car elle permettrait de déterminer la signification précise de termes locaux tels que garay, ouche, combe, prade, sogne, etc.

Source : La vie paysanne dans la Haute-Loire - Ulysse Rouchon - 1933