Durant sept siècles la vie cistercienne fut vécue dans ces maisons de prière et de charité jusqu'au jour où la Révolution les détruisit et vendit les domaines. L'un de ces derniers, le Mas de La Felgère, ancienne grange des Chambons, fut racheté en 1791 par Jean Chalbos, le dernier emphytéote. Son fils Jean Antoine vit sa race s'éteindre; les deux enfants qui lui restaient étaient l'un, Casimir, prêtre de Saint-Sulpice, l'autre, Théodore, prêtre du diocèse de Viviers. Tous trois décidèrent que leur bien devait revenir à l'Ordre monastique qui avait fait la gloire de Mazan et des Chambons. Ils firent des offres à l'Abbaye de Notre-Dame d'Aiguebelle, dans le diocèse de Valence.

Le père Abbé Dom Orsise et ses religieux virent mal l'établissement d'un monastère en un lieu pauvre de ressources agricoles et au climat rigoureux. Ils refusèrent l'offre de la famille Chalbos. L'abbé Casimir Chalbos sollicita l'intervention de Mgr Guibert, évêque de Viviers et de Mgr Chartrousse, évêque de Valence. Les deux évêques furent d'accord pour l'aider. Avec leur appui, l'abbé Chalbos se présenta à nouveau devant Dom Orsise qui accepta de tenter l'expérience.

La fondation fut décidée le 5 août 1850, jour de la fête de Notre-Dame des Neiges, qui est le titre de Sainte-Marie Majeure à Rome. Ce fut le nom heureux du futur Monastère. Le 13 août, Mgr Chartrousse signait l'acceptation officielle; le 25 août, un premier groupe de religieux partait à pied d'Aiguebelle, emportant, pour tout mobilier, ce que pouvait contenir la charrette traînée par un unique cheval. Le 28 au soir, les moines prenaient possession du domaine de La Felgère, de sa pauvre ferme et de l'auberge attenante, antique relais entre le Vivarais et le Gévaudan.

Onze années passèrent, temps nécessaire à l'établissement canonique de la Communauté et à la construction d'un monastère régulier, établi plus bas à la jonction des ruisseaux de Rieufrais et du Val des Loups. Le 16 juillet 1861, les religieux s'y installèrent au cours de festivités présidées par Mgr Foulquier, évêque de Mende (préfecture de la Lozère), délégué par Mgr Delcusy, évêque de Viviers, empêché au dernier moment. Le monastère n'était encore qu'un prieuré gouverné par Dom Gabriel Monbet; les autorités de l'Ordre hésitaient à l'élever au rang d'abbaye, non par peur de manquer de sujets, car les postulants arrivaient sans cesse, mais à cause des difficultés financières entrainées par l'installation et la construction du Monastère.

Dom Gabriel Monbet fut rappelé à Aiguebelle pour en devenir Abbé. Aux Neiges, la situation matérielle s'améliorait, avec une Communauté nombreuse et fervente, aussi le 16 juin 1874, le Chapitre conventuel fut-il appelé à procéder à l'élection du premier Abbé. Il le choisit dans la personne de Dom Polycarpe Marthoud, prieur depuis 1858: la Nouvelle Abbaye comptait alors quatre-vingt dix membres. Le 26 octobre 1878, R.L. Stevenson (l'auteur de l'« Ile au Trésor ») faisait halte à Notre Dame des Neiges. Il donna de cette étape un récit pittoresque et plein d'intérêt dans son livre «Voyage avec un âne à travers les Cévennes».

En 1880 le pouvoir Républicain s'en prit aux Congrégations religieuses en qui il voyait des ennemis du régime. Beaucoup de monastères connurent des heures sombres. L'expulsion des moines de Notre-Dame des Neiges fut décidée et fixée au début de novembre: une chute de neige aussi rapide qu'imprévue, sans doute providentielle, l'empêcha; l'apaisement des esprits, apporté par l'hiver, soulagea momentanément les religieux. Le Père Abbé, craignant un retour de la persécution, voulut assurer un refuge à sa communauté. Avec un groupe de moines, il fonda le prieuré d'Akbès en Syrie. Très bien admise au départ par les chrétiens et par les musulmans, la communauté dut fuir, à cause de la guerre, au début de 1915. Une reprise des hostilités en 1920 aboutit au pillage du monastère et à la mort du Père Philippe: ce fut la fin d'Akbès. Après le départ de Dom Polycarpe à Akbès, Dom Joseph Goddard gouverna les Neiges comme Supérieur délégué ».

En octobre 1887, Dom Martin Martin fut élu Père Abbé; il prit Dom Goddard comme Prieur. La persécution continuant, ils établirent un refuge à Cordemois en Belgique; ce refuge ne fut d'ailleurs jamais occupé, car le monastère, en définitive, fut épargné. Le 16 janvier 1890, Dom Martin eut la joie de recevoir Charles de Foucauld au nombre de ses novices et d'être ainsi son premier maître en spiritualité monastique.

FoucauldLe novice reçut le nom de Frère Albéric ; officier de cavalerie, il s'était converti en 1886. Son premier séjour aux Neiges ne dura que quelques mois, puisqu'il partit bientôt pour Akbès.

Sa vie de trappiste aux Neiges ou à Akbès dura sept ans; en août 1900, après un temps de vie solitaire en Palestine, il revint aux Neiges pour se préparer à son ordination sacerdotale qui eut lieu à Viviers le 9 juin 1901. Puis il partit pour le Sahara où l'attendait une mort tragique le premier décembre 1916. La séparation ne brisa jamais les liens d'affection qui le liaient à son premier monastère; du désert, il écrivait à Dom Martin : " j'ai gardé tout Notre-Dame des Neiges dans mon cœur».

Le successeur de Dom Martin 1er, venu d'Aiguebelle, ne fit que passer: élu en 1909, Dom Martin Jouve était virtuellement démissionnaire, quand un incendie détruisit le Monastère dans la nuit du 27 au 28 janvier 1912. Tout faillit sombrer, mais unie autour de son Prieur la communauté fit front et prépara immédiatement la reconstruction; le 2 juillet 1912 la première pierre était posée. En octobre, le Prieur Dom Augustin Martin devenait Abbé ; il mena rapidement les travaux à leur terme ; deux ans après l'incendie, le nouveau monastère était debout.

La situation financière assainie, les Neiges connurent un nouvel essor. Mais la guerre de 1914 survint avec son cortège de misères et de malheurs, sept religieux ne revinrent pas des champs de bataille. Dom Jean-Marie Balmes devint Abbé en 1932, son abbatial fut troublé pendant la guerre de 1939-1945 par les souffrances, les privations et les soucis causés par l'absence des religieux prisonniers. C'est durant cette période que vint se réfugier au monastère Robert Schuman, un hôte qui devait devenir célèbre. Dom Jean-Marie laissa à tous le souvenir d'une grande simplicité et d'une grande bonté.

Notre Dame des neiges VinEn 1949, Dom Toussaint Louche lui succéda ; il fut à l'origine du renouveau et des transformations opérées depuis. Dom Claudius Valour (abbé de 1959 à 1982) eut un abbatial important: il réalisa la construction de l'hôtellerie, la restauration des lieux réguliers, ainsi que l'aménagement des Caves et de locaux pour recevoir les nombreux hôtes et retraitants de l'Abbaye. Ce programme important de travaux a été rendu possible grâce à l'activité de la Cave. L'« œuvre du Vin de Messe » commencée en 1900 sur la propriété de Saint-Julien de Cassagnas, dans le Gard, s'est maintenant transportée à Bellegarde, zone réputée pour sa clairette, célèbre vin blanc A.O.C.

A partir des raisins achetés aux viticulteurs de cette région, les Pères produisent des vins liturgiques, mais aussi leurs vins de table, leurs vins mousseux « Fleur des Neiges», ainsi que différents autres produits. C'est là le gagne-pain de la communauté, et l'origine d'un partage avec ceux qui sont dans le besoin.

Depuis le 5 novembre 1982, Dom Pierre-Marie Fayolle a pris la charge de cette Communauté, pleine d'espoir en son avenir, car elle est sûre que le Dieu qui a toujours veillé sur elle poursuivra son assistance et lui maintiendra sa bénédiction.