C'était un temps qu'on laissait à la terre pour se reposer avant une remise en culture, une pratique constamment dénoncée et honnie par les Agriculteurs progressistes du XIXe siècle, comme Calemard de Lafayette, qui combattaient, dans leurs écrits, cette pratique routinière héritée de nos ancêtres.

En français, le terme « guéret » signifie aussi, d'après le dictionnaire Larousse, un terrain inculte, de peu de valeur, ou une jachère. C'est un lieu-dit courant, qu'on retrouve souvent dans les terroirs du Velay - au Monteil, à Brives, à Blavozy notamment On voit donc qu'il s'agit d'un état temporaire, ce qui nous paraît incompatible avec la situation de cette zone, aux portes de la ville et entourée, jadis, de terrains maraîchers.

DANS LES CHRONIQUES D'ETlENNE MEDICIS

On trouve « le garaît de Saint-Jean » dans les pages de notre vieux chroniqueur à propos du Clos Saint-Sébastien, dont-le souvenir est conservé par le chemin qui part du coude de la rue de Vienne, longe le cimetière et aboutit au boulevard de Cluny. Etienne de Médicis rapporte, qu'en 1520, les consuls du Puy achetèrent un terrain dans le quartier du Garay, au bord de la Borne, afin d'y établir un enclos destiné à isoler ceux qui « par la permission divine », étaient atteints de la peste.

Le 20 janvier 1526, jour de Saint Sébastien, furent bénits la maison et le cimetière du Clos par un délégué de l'évêque. Des logements en bois et en dur y furent aménagés, sur lesquels on aimerait avoir quelques détails. il ne faut pas compter les trouver dans les textes de Médicis, au style prolixe, émaillé de mots en vieux français, souvent difficiles à comprendre.

On sait cependant qu'en 1533, nonobstant la venue du roi François 1er au Puy, les consuls firent continuer la clôture de l'établissement. Par la suite, on plaça un écusson aux armes de la ville et une statue de Saint Sébastien à la porte du Clos et la chapelle fut pavée.

Pour financer les travaux, les consuls lancèrent une souscription. Les noms et les sommes données par chaque souscripteur remplissent plusieurs pages du livre de Médicis (tome II, p. 202, etc). En 1529, « la peste trouble fort la ville et beaucoup de gens furent envoyés au Clos avec prêtre, barbier et portefaix ). Ils étaient nourris par les soins de l'Hôtel-Dieu.

Peste médecinOn ne connaît pas le règlement du Clos, avec lequel on ne badinait pas puisque d'après J. Viscomte, deux malades, échappés du clos, furent fusillés en 1577. La conclusion de notre chroniqueur sur le fonctionnement du Clos est plutôt cynique; quoique très logique : « Les étrangers: fuyaient la ville lorsque la peste y était et parce qu'on n'avait pas de lieu propre pour les infectés, mais à cette heure, il y a bonne police et on met dehors les infectés et, par ce moyen, la ville. en demeure tranquille et nette». La liste des travaux d'entretien faits au Clos se poursuit jusqu'en 1586, avec la liste' des consuls chaque 'année et la date des messes dites.

Sans doute l'épidémie se calma-t-elle puisqu'il faut attendre 1629 pour connaître un nouvel épisode, cette fois mieux connu grâce à l'Histoire du Velay du Dr Arnaud.

LA PESTE DE 1629-1630

Cette année-là, la peste se manifeste le 1er juillet, chez un cordonnier de la rue Rochetaillade et se propage rapidement. Beaucoup de Ponots quittent la ville pour les villages voisins. Il mourut un grand nombre de personnes, jusqu'à 160 en un seul jour. La peste se calme et paraît terminée. Les habitants se croyant délivrés du fléau, firent une procession d'action de grâces le 22 avril 1630, commémorée par le tableau' de Jean Solvain, qu'on peut voir à la cathédrale;

Mais la contagion n'avait pas réellement cessé, ou avait été rapportée d'ailleurs, car elle reprend une nouvelle activité. On fit dresser une estrapade à la porte Saint-Gilles pour les voleurs et pour ceux qui étaient infectés de la peste et se mêlaient aux sains. Le Conseil de Santé publie une ordonnance suite à la reprise de la peste supposée provenir de marchandises et de toiles apportées à la foire des Rogations.

Il est prescrit, entre autres, de faire laver et parfumer les toiles et le Clos Saint-Sébastien y est mentionné, mais une seule fois. La peste ayant cessé au mois de septembre 1630, ceux qui avaient quitté leur domicile en ville y reviennent. Le nombre des morts, pendant cette épidémie, aurait atteint 16 000 personnes. La peste se manifeste encore en 1653. Sur cet épisode, le Dr Arnaud est muet, iI est cependant incontestable, puisqu'il fait l'objet d'un tableau de Jean François, à la cathédrale, représentant six consuls du Puy, à genoux, en robe rouge, au pied de la Vierge.

LA PESTE DE 1720

Un mandement épiscopal y ordonne des prières publiques dans la ville du Puy et toutes les paroisses du diocèse pour demander à Dieu d'être préservés de la peste qui fait de grands ravages à . Marseille. On connaît le dévouement de l'évêque Mgr de Belzun à cette occasion. L'étau se resserre autour du Velay puisque le mal contagieux : est signalé à La. Canourgue et! Marvejols. Des mesures sont prises pour désinfecter les personnes et les marchandises venant 1du Midi. Des lazarets sont établis à la frontière du Vivarais, notamment à la Croix de La Sauvetat et au château du Mazigan, près de Pradelles. Pendant les opérations de désinfection, des gardes armés sont postés dans des guérites distantes d'une portée de fusil, avec ordre de tirer sur les fraudeurs. On pourrait donner beaucoup de détails sur ces mesures qui aboutirent à un résultat positif puisque la peste épargna le Velay, ce qui explique pourquoi, pendant ce , dernier épisode, il n'est pas question du .Clos Saint-Sébastien. On n'eut pas à s'en servir. On aimerait avoir quelques renseignements sur sa démolition car il n'en reste aucune trace sur le terrain, entre le moulin de Sainte-Catherine et la 'Borne.

LES MOULINS

Ceci m'amène à dire un mot sur les moulins qui' fonctionnaient dans ce secteur et qui figurent sur la carte d'Etat Major 1843. Tout d'abord, celui de .Saint-Marcel, du nom de la famille de Saint-Marcel, situé à l'emplacement actuel de la station-service et du garage proche du nouveau pont. De ce moulin, un bief alimentait celui de Sainte-Catherine, appartenant à des religieuses ; dont le couvent, fondé en 1603, était établi dans l'hôtel de Chalencon-Polignac, rue Isabelle-Romée . (1) Le bief de ce moulin se jetait dans la Borne, à côté de celui du Moulin Balme.

Sur le bief venant du Faubourg Saint-Jean, alimenté par le Dolaizon, qui longeait la rue Sainte-Catherine, on- trouvait, le moulin Balme, une, famille de riches tanneurs, propriétaires des terrains maraîchers sur•lesquels,a été construit le lycée Simone Weil. Au bout du chemin Sainte-Catherine ; il existait le Petit Moulin de I'hôpital, disparu, mais situé sur remplacement de la maison de Robert Habauzit, au n° 46. Celui-ci a eu la bonne idée d'en conserver le souvenir sur une jolie plaque émaillée en couleurs. Ce bief se jetait dans la Borne ; à côté de celui de Sainte-Catherine.

Quant au grand Moulin de l'hôpital " situé après les anciens abattoirs, c'était l'ancienne fabrique de glace Thibonnier mais il ne figure pas sur le plan, parce que trop éloigné des précédents. Tous ces biefs sont à présents à sec ou remblayés, mais on peut en retrouver le tracé, en traits tirés sur le plan ci-dessous.

Plan Garay

Sources : Bernard FEMINIER (1) Voir pour plus de détails, L'Eveil du 19 août 1993.

Aimable contribution de Liliane Habauzit