Il y a eu deux châteaux à Lafarre : un contre la Loire, qui serait citée dès 870 sous le nom "illa Fara", et un situé plus haut, au lieu-dit Le Cros, cité dès 1081. Ce dernier était dénommé parfois Cros Ferrand (avant 1388), Cros-Verdier (1760), aujourd'hui Cros de Lafarre. Mais il est très malaisé de les distinguer.

Le château du Cros

Il serait cité dans une bulle du pape Léon IV dès 1081 1 . En 1285, il appartient à Hébrard de Pradelles 2 et en 1388, il est fortifié par Hugues de La Farre 3 . Il est rebâti vers la fin du XVIè siècle où il prendra l’aspect d’une grosse maison forte (état actuel). Il s’est transmis de siècle en siècle entre familles alliées, Pradelles, La Farre, Châteauneuf-Rochebonne (1370-1591), Audoyer (1591-vers 1660), des Champs, Odde, Barbon (1660-1759), Surrel (1760-1895).

Le Cros et Montbel était très souvent détenus par la même famille. Montbel est un petit castel peu éloigné du Cros, mais sur la commune de Saint-Paul de Tartas.

Chateau le Cros de Lafarre

Jean-Pierre-Charles de Surrel (1729-1772) est le fils de Jean-Pierre et de Marie de Barbon. Il hérite du Cros mais la transmission de la demeure se présente sous la forme d'un achat, en 1760, à Jean-Baptiste des Champs de Montbel. Les Surrel vont occuper la demeure pendant trois générations, jusqu'en 1895.

Jean-Pierre-Charles a une position avantageuse dans la contrée : il est bailli du Monastier et son patrimoine est important : outre Le Cros, terre haute-justicière, il possède la terre de Saint-Julien-Chapteuil. Il meurt prématurément à quarante deux ans. Son fils Stanislas (1761-1819), conseiller maître à la cour des comptes de Montpellier, devient le chef de famille et le maître du Cros. Il habite aussi Le Monastier où il est maire et premier consul. En juillet 1789 il intervient dans un conflit qui éclata entre deux prêtres nommés tous deux sur la même cure du Monastier ; l'un des deux est Urbain d'Authier de St Sauveur. Il lui donne asile au Cros, le temps du procès 4 .

Le sort du château pendant les évènements révolutionnaires n'est pas connu précisément, mais il ne semble pas qu'il ait été saisi. Pendant les troubles, sauf les militaires qui ont rejoint l'armée de Princes, les Surrel sont au Monastier et cachent leurs papiers compromettant sous une voûte de leur maison. Ces papiers, ramenés un an plus tard au Cros, sont en grande partie pourris et illisibles. En 1794, Stanislas de Surrel, son frère, sa mère, et son grand-père maternel, sont internés dans les prisons du Puy. La chute de Robespierre les sauve.
Au XIXè siècle, la demeure passe à Jean-Stanislas (1771-1852), receveur des finances, troisième et dernier frère de Stanislas et le seul qui s'est marié. Lors de sa succession en 1855 5, la demeure reste indivises entre cinq de ses dix enfants. Le domaine était alors constitué du château, de cinquante-neuf hectares de terres à Lafarre et lieux voisins, plus d'un bois du château de dix-sept hectares, situé au Cros, dont la valeur est presque aussi forte que celle de la maison forte et des terres réunies. Ce bois devient la propriété d'Henri de Surrel en 1859.  En 1878 6 un accord familial attribue Le Cros en copropriété à quatre frères et sœurs qui revendent leurs parts deux ans après 7 à l'un deux, ce même Henri (1825-1902), tige de la branche cadette des Surrel de Saint-Julien, installé depuis 1857 au château de La Planche à Grazac. Henri, garde Le Cros de 1880 à 1895. Son fils Hippolyte, maire de Lafarre, s'y était retiré. Mais en 1895, après sans doute un revers de fortune, le Cros est revendu (saisie) au Crédit Foncier de France qui le garde trois ans et le revend en 1898 à la famille ENJOLVY 8 qui le conserve jusqu'en 1914. Auguste Enjolvy le transmet à sa fille Adèle FOURNIER 9 qui le garde jusqu'en 1920, date où elle semble vendre tout au moins les terres (13 ha) et la ferme 10 à Pierre BRUN, propriétaire demeurant au Cros. Cependant, avant 1922, la famille JAC possédait cette demeure et Amédée de Surrel (1856-1940) chercha cette année-là, sans succès, à la racheter 11.

Un article récent a été consacré à cette demeure dans Châteaux de Haute Loire, dix siècles d’histoire, par Régis THOMAS (1993).

Le château de Lafarre

Le Cros est souvent confondu avec le château de La Farre, à cause de leur proximité, du nom qui leur est attribué dans les textes et qui ne précise pas toujours de quelle demeure il s'agit Le Cros ou Lafarre (aujourd'hui Mariac), et par le fait que la même famille pouvait détenir les deux places.

La forteresse de Lafarre "Illa Fara" est citée dès le IX è siècle 14 . Elle est située en contrebas du Cros, à quelques centaines de mètres, mais au fond de la vallée, entre La Loire et le Langougnole. Il n'en subsiste aujourd’hui qu’un donjon carré de 5,50 m de côté, du XIIIè siècle, appelé Tour de Mariac ou Tour de Constance 15 ou Tour de la dame blanche. On y relève aussi des restes de fortification sur une longueur de 200 mètres et les débris d'un village déserté, cité vers 1060. 16

Tour Mariac

Cette forteresse de La Farre, tenue par la famille chevaleresque de ce nom, était dans la dépendance de la très puissante famille des Montlaur qui en rendait elle-même hommage aux évêques du Puy 17. La forteresse disparait vers 1600. Le village de Lafarre est situé à environ deux kilomètres de ces deux châteaux qui barraient la vallée.

1 “ 1081 - Le pape Léon IV est en pélerinage au Mont-Anis. Il mentionne dans une bulle, notifiant la donation fait par Etienne de Mercoeur, évêque du Puy, à l’église et chapelle Graille, le château de la Farre du Cros, à 5 lieus du Puy. Le chœur de l’église de La Farre est construit. “ (Plaque d’informations devant l’église de Lafarre).

2 En 1285, noble Hébrard de PRADELLES reconnaissait à Jean de CUMENIS, évêque du Puy, la maison, forteresse et terroir du Cros. Répertoire des hommages à l’évêque du Puy, Adrien LASCOMBE, 253. (Arch. dép. Hte Loire G 31). Voir aussi Châteaux historiques de la Haute Loire, JOURDA de VAUX, article Lafarre.

3 Le 16 janvier 1388, Hugues de La Farre, sgr du Cros-Ferrand, est autorisé par Pierre de ST-BONNET de TOYRAS, cosgr haut justicier de La Farre, à fortifier son château du Cros-Ferrand appelé depuis Cros de La Farre. (Armorial du Velay, Georges PAUL, article La Farre, page 173).

4 En 1798, il fut arrêté dans son lit " une foule de femmes se groupa autour de lui pour s'opposer à son départ." Avec difficulté l'attroupement féminin est dissous. " à peine le détachemeent était il sorti du Monastier avec son prisonnier qu'il fut assailli par un rasssemblement d'hommes armés de fusils, de bâtons e de pierres, qui faisainent des efforts pour enlever leur curé " , l'escarmouche fit deux morts et plusieurs blessés. Trois des hommes qui avaient participé à l'émeute furent par la suite guillotinés pour cet acte. (Histoire du Velay, J.A.M ARNAUD, tome III p.189,190, 205 ) Monsieur de Saint Sauveur fut lui, aussitôt après son arrestation, déporté à l'île de Ré. Voir aussi : Notice biographique sur Mr de St Sauveur, curé du Monastier, extrait de l'Echo de Notre Dame de France, semaine religieuse du diocèse du Puy, 1864-1869, n° 8 du 17 décembre 1864, p.99.

5 Partage de la succession de Jean-Stanislas de Surrel, au Puy le 6 août 1855, Acte original sous seing privé dressé par Régis de Surrel, son fils ainé, Receveur de l'Enregistrement au Puy. (Archives Surrel, carton et dossier Jean-Stanislas , chemise Succession) Dans cet acte le domaine et château du Cros, sauf le bois, est estimé environ 70 000 francs.

6 Actes sous seing privé des 3 mai, 18 juillet et 3 août 1878, enregistré au Puy le 7 janvier 1880, volume 148c.4 (Château du Cros par Théodore PASCAL, décembre 2009).

7 Acte du 8 janvier 1880, maitre VÉRAC, notaire au Puy (Château du Cros par Théodore PASCAL, décembre 2009)..

8 Acte de maître ROUFIOL, notaire au Puy, un des notaires soussignés, le 4 novembre 1898 transmis au bureau des hypothèques du Puy le 4 novembre 1898, V°1315, n° 67. (PASCAL, château du Cros). Voir aussi Les châteaux historiques de la Haute Loire, Gaston de JOURDA de VAUX, article Le Cros de La Fare, p.120.

9 Liquidation et partage dépendant de la communauté d'acquêts ayant existé entre Monsieur Auguste ENJOLVY et Mme Léontine ALIROL son épouse, et succession de cette dernière le 26 décembre 1914 (Maitre RIOUFOL, notaire au Puy). (PASCAL, château du Cros).

10 Monsieur Brun s'oblige de payer chez Maitre ROUFIOL avant le 25 mars 1920. (PASCAL, château du Cros).

11 Plusieurs lettres de N. BOUDOUL à Amédée de Surrel de St Julien, dont une datée de Lafarre le 14 août 1922, (Archives Surrel, carton Charles, dossier Le Cros)

14 Relevé en 2007 sur le site Quid.fr ,au mot Lafarre. On consultera aussi la plaque d’information scellée devant l’église de Lafarre. “ 870 - La forteresse de Lafarre est mentionnée dans les chartes de l’histoire de Tournus sous le nom de “ Illa Fara “. Elle possède trois tours dont il n’en subsiste aujourd’hui qu’une, elle se nomme la tour de Mariac.”

15 Plaque d’informations devant l’église de Lafarre.

16 Ce donjon (ainsi que le château du Cros) est bien décrits dans le Dictionnaire des châteaux et des fortifications du moyen âge en France, Charles-Laurent SALCH, (Publitoral Strasbourg, 1979), page 643, article Lafarre. ( Photocopié par Pierre de Surrel en 1981 au centre Beaubourg à Paris). La forteresse de Lafarre disparait vers 1600 (Plaque d’informations de l église de Lafarre).

17 “875 - La famille Montlaur est titulaire de cette forteresse qu’elle inféodera en 1275 aux seigneurs de Lafarre” (Plaque d’informations devant l’église de Lafarre). En 1274, noble Eracle de Montlaur, hommageait à l’Evêque, la Fare et Arlempdes “ (Châteaux historiques de la Haute-Loire, Gaston de JOURDA de VAUX, article Le Cros de La Fare. Note 6 : Abbé PEYRARD, Mélanges historiques, tome I, page 111).

Le Cros en 1926 (Photo argentique, archives Surrel)

SOURCES IMPRIMÉES

.1911 : Les Châteaux historiques de la Haute-Loire, Vte Gaston de JOURDA de VAUX, 1911, Volume 1 p.119, Volume 2 p. 321, 322. (BN 4°Lk42845).

.1980 (vers) : Plaque d'informations scellée devant l'église de Lafarre, auteur inconnu. Photographiée en 2007.

.1979 : Dictionnaire des châteaux et des fortifications du moyen âge en France, Charles-Laurent SALCH, (Publitoral Strasbourg), page 643, article Lafarre. Consulté au centre Beaubourg en 1981.

.1993 : Châteaux de Haute-Loire, dix siècles d'histoire, Régis THOMAS, (Editions Wattel, 1993). article Lafarre.

Avec l'aimable contribution de : PierredeSurrel.com